Miles Davis
Tutu — une autre mise en scène du Jazz
Tutu , une autre mise en scène du Jazz
Miles Davis , Tutu Paru en 1986 , Tutu marque le début de la collaboration entre la firme Warner Brothers et Miles Davis .Elle fait suite à une série de plus de cinquante albums enregistrés pour le Label Columbia entre 1955 et 1985 .
Il s'agit d'un opus tout à fait à part dans la discographie de Miles Davis Lorsque Marcus Miller collabore avec Miles Davis sur Tutu il le fréquente depuis déjà cinq ans en tant que bassiste .Miles l'appelle sur les conseils du saxophoniste On peut quasiment considérer cet album comme une sorte de duo entre Miles Davis et Marcus Miller .
Cet album a été sujet à controverse , absence d'interaction chère aux amateurs de Jazz .
Tutu est véritablement un produit de son temps ( son de synthétiseurs , séquenceurs et boîtes à rythme de l 'époque , influences du R'N'B … ) La présence du titre " Perfect Way " , une reprise de David Gamson et Green Gartside , soit le " groupe " Scritti Politti est assez significatif de la direction prise par Marcus Miller . Scritti Politti est en effet l 'archétype du groupe de studio et de l 'association de producteurs .
Tutu est un disque totalement à part , dans la discographie de Miles Davis mais également dans l 'histoire du jazz .C 'est très certainement ce qui a surpris ses détracteurs lors de sa sortie. Conçu comme une sorte de duo entre le trompettiste et Marcus Miller, il rejoint là la démarche de production de la pop ou du R'N'B ( musique dont Marcus Miller est un savant praticien ( il a déjà œuvré de cette façon avec le chanteur de soul aujourd"hui disparu Luther Vandross .
Marcus Miller crédits Basse, guitare, synthétiseurs, programmation de boîte à rythme , clarinette basse , saxophone soprano.
On notera que Tommy Lipuma , légendaire producteur ( Barbara Steisand , Al jarreau , Doctor John , Antonio Carlos Jobim , randy Newman, George Benson , Diana Krall , Paul Mc Cartney ) Pour mieux appréhender Tutu, il faut rappeler le contexte .Miles Davis est depuis quelques temps dans une mauvaise passe avec Columbia à qui il reproche de n 'avoir d'attention que pour leur nouveau protégé , Wynton Marsalis. Traversant des difficultés financières , il finit par signer un contrat d'un million de dollars avec Warner Brothers .Il comprend assez rapidement cependant que l'on attend de lui des albums plus commerciaux , plus aptes à être diffusés à la radio . En septembre 1985,un certain nombre de sessions d'enregistrement sont mises sur pied sous le nom de "The rubberband Sessions".Elles mettent à ocntribution Paul Buckmaster ( associé aux sessions de l 'album mythique "On the Corner " , Bill Laswell ( producteur du "Future Schock " d'Herbie Hancock ainsi que Randy Hall ( chanteur et producteur soul très en vogue à l'époque )et Steve Porcaro ( du groupe Toto ), le tout est très influencé par le travail du producteur anglais Trevor Horn ( Grace Jones, Frankie goes to Hollywood.. ). On connaît la passion de Miles Davis pour l'album de Grace Jones " Slave to the rythmn "qui le faisait jouer sur la sono en ouverture de ses concerts. Un certain nombres de collaborations, pour le moins prestigieuses , sont attendues telles que Al Jarreau , Prince , Chaka Khan … Miles est enthousiaste à l'égard de ce projet qui ne verra finalement jamais le jour .
Tommy LiPuma , le nouveau producteur de Miles associé à la Warner rejette ce travail.
En 1981, Marcus Miller reçoit un coup de fil de Miles Davis qui le convie à le retrouver en studio, Marcus Miller ne l 'a jamais rencontré , il a été recommandé par le saxophoniste Bill Evans .Comme fréquemment dans le cas de Davis , les deux hommes feront connaissance en studio pour les séances de l'album du grand retour de Miles après un hiatus de , The Man With The Horn
Lorsque Marcus Miller, qui fréquente Miles Davis depuis son retour en 1981 , apprend que ce dernier a signé avec la Warner , il contacte Tommy Lipuma , sachant que ce dernier cherche à réaliser pour Miles un album plus " produit" , il propose de fournir des maquettes de morceaux destinés à Miles .
Lipuma est emballé par les démos , le fait venir à Los Angeles et l'installe en studio , sans qu'il ait eu l'occasion de s'entretenir du projet avec Miles . Il lui demande d'aller dans le sens de ses démos , sans autre instrument , avec une majorité de synthétiseur et de boîte à rythme Miles vient écouter , semble satisfait et quitte le studio en disant à Miller "appelle-moi lorsque tu auras besoin de trompette …" Quelques semaines plus tard ,Marcus Miller a fini son travail de producteur /Poly-intrumentiste. Il aura collaboré avec Après quelques expériences conduites avec le claviériste et producteur George Duke ( utilisant majoritairement synthétiseurs et boîtes à rythme ), l'intérêt se tourne vers Marcus Miller – compagnon de Miles depuis son retour à la scène et au disque en 1981 .Celui-ci a depuis acquis une solide expérience en tant que producteur auprès de Luther Vandross ( avec lequel il joue une bonne partie des instruments et programme les boîtes à rythme ) , George Benson ,David Sanborn , Aretha Franklin ..
Avec l 'assistance de Jason Miles qui s'occupera de programmer les synthétiseurs .Ils utilisent les nouvelles technologies d'overdubbing ( définition ) et inventent un monde d'orchestrations électroniques sur laquelle ils convient quelques rares musiciens .Lorsque cette phase est terminée , Miles vient au studio et enregistre ses parties de trompettes sans avoir entendu la musique au préalable , sa participation sera soldée en un temps record ( la majorité de ses premières prestations seront gardées pour l'album final.
La photo d'un Miles Davis plus que jamais envoutant qui sera choisie pour la pochette est signée Irving Penn, un photographe d'excellence , connu pour son travail dans le monde de la mode .
Tutu est couronné d'un Grammy Award ( le quatrième pour Miles ) L'album sera un très grand succès commercial
« Une fois que les arrangeurs avaient enregistré les percussions, les synthétiseurs et le violon électrique sur bande, c'était au tour de Miles de se rendre au studio pour jouer de la trompette sur les parties enregistrées. Pour Miles, qui avait toujours été juste à côté des autres musiciens dans ses groupes précédents, c'était une manière complètement nouvelle de travailler. Enregistrer avec son groupe habituel était devenu problématique. » — Quincy Troupe, Miles Davis. Miles et moi, 2009, p.64« Une fois que les arrangeurs avaient enregistré les percussions, les synthétiseurs et le violon électrique sur bande, c'était au tour de Miles de se rendre au studio pour jouer de la trompette sur les parties enregistrées. Pour Miles, qui avait toujours été juste à côté des autres musiciens dans ses groupes précédents, c'était une manière complètement nouvelle de travailler. Enregistrer avec son groupe habituel était devenu problématique. » — Quincy Troupe, Miles Davis. Miles et moi, 2009, p.64 « Il y a des gens qui estiment que ça fait disparaître la spontanéité et l'étincelle qui se produit en studio avec le groupe. C'est peut être vrai, je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que les nouvelles technologies permettent de rendre les choses plus faciles. » — — Miles Davis cité par Quincy Troupe, Miles Davis. Miles et moi, 2009, p.65 Tutu miles Davis Hi Marcus , Really happy that you re taking the time to answer these questions . I was really happy that Tutu was chosen for the french baccalauréat , it 's another way of saying how important this record is , and I' m sure it means a lot to you. You have to understand that students are going to study this work along with JS bach or Stravinsky ! Anyway , here are my questions .
If you think there are too many , just pick the ones that inspire you the most , and also , please feel free
to add any thoughts besides that , Thanks so much All my best Daniel Yvinec Do you think there was any other record before this (one that would belong to the jazz Dept) , that has been made , conveived this way ? Do you recall how much pressure you felt on your shoulder being the only ( almost ) man on board? Did this give you a better energy ? More freedom to create ? In other words how did this situation affect the creative process ? When Miles signed with Warner brothers , they made it clear that they wanted to sell more records, that they wanted to get more airplay , how much of this did you know at the time ? Did you ever think about this aspect while creating the music ? Some people still reffer to "Tutu " as a controversial album , Do you recall getting this feedback ? do you understand that ? If so , what would the controversy be about ? Do you recall Miles reactions and words along the process ? ( when he first heard the music ? during the trumpet sessions ? When the whole thing was completed ? I always thought of the relationship between Miles and Gil Evans as being some kind of undercover guide in your mind during the writing and recording process ...Did you ever think there was a connection of this nature ? Was it an inspiration to you? was this mentioned in any way later ? If you were in the same situation today , would you do anything a different way ? Did this experience made you a different person and how so?
Comme sans doute aucun disque auparavant dans l histoire du Jazz , Tutu est entièrement conçu en studio , quasiment par un seul homme , en intégrant au processus créatif les nouvelles technologies de son de l'époque (enregistrement multipiste, boîte à rythme , synthétiseurs... ) Miles Davis est finalement l invité de son propre disque , un festin préparé par un jeune homme, de son temps , déjà rompu à l exercice . Marcus Miller fréquente les studios depuis l âge de dix sept ans , il a côtoyé et observé les plus grands producteurs couvrant un champ stylistique allant du jazz à la pop , au funk ... Il s' intéresse depuis longtemps au studio, le considérant comme un outil créatif à part entière .
Si cette caractéristique de sa démarche a été l arme fatale de ses pourfendeurs , on peut affirmer que Tutu n aurait pas été le même album s il avait été enregistré en groupe , en live. Cette fois , un seul homme est aux commandes . Même si celui-ci n échangera pas avec Miles avant d' avoir très sérieusement avancé sur l enregistrement ,Marcus Miller connaît son interlocuteur , sa vision de la musique mais aussi le personnage , complexe , déstabilisant, toujours en recherche .Il a , de plus eu le loisir d écouter un travail préalable effectué en studio par George Duke dans lequel l électronique a une place fondamentale .( il restera comme unique trace de cette collaboration le titre " " Miller raconte que lorsque Davis vient au studio pour enregistrer ses parties de trompette , il lui demande ce qu il attend de lui , ce qu il doit jouer , il le pousse dans ses retranchements de producteur jusqu' à lui confier la responsabilité des ses propres parties de trompette , il lui demandera même de lui fournir des partitions précises de ce qu il doit jouer Miller se sait donc seul maître à bord et il assumera cette position jusqu' au bout . La singularité et la force de cette étrange association réside probablement dans le fait que Marcus Miller ,un musicien aussi intuitif qu intelligent ,sait pourquoi et surtout pour qui il écrit . Pas un Groove , une séquence harmonique ou un élément de texture qui n ait été enregistré sans imaginer la dimension que lui donnerait le trompettiste . En ce sens , Miller est le metteur en scène de ce nouveau virage que Miles négociera presque à son insu, s en remettant entièrement à la vision de Marcus Miller .
Ce dernier n ignore rien de l intense fascination que nourrit Davis pour l immense Gil Evans ( partenaire de Miles pour les albums mythiques birth of the cool , Porgy and bess, Quiet Nights , Miles Ahead.
Tout au long de la carrière du trompettiste , Evans sera prêt de lui dans l ombre ou la lumiere ,comme une sorte de conseiller permanent .
Et ce n est pas un hasard si le titre " " lui est dédié . (Ne le 13 mai 1912 à Toronto , Gil Evans disparaîtra le 20 mars 1988 )
La singularité de cette relation entre les deux personnages sera une source d inspiration pour Miller . Ce type d association Un producteur / un artiste n 'est bien entendu pas nouvelle dans les mondes de la pop ou de la soul et deviendra quasi systématique dans le monde du RNB .
On pourrait voir l attitude de Miles Davis comme une forme de dilettantisme voire de démission mais le parcours de l artiste pousse à penser qu'il sait parfaitement où il va . Tout au moins sait -il à qui a été confié son prochain opus et à quel stade de sa création il est opportun d intervenir . Miles Davis , c est une de ses grandes forces a toujours considéré la musique comme une affaire de casting , parfois en apparence contre nature . Qui aurait pu imaginer de réunir dans le même groupe , Michael Henderson , Jack de Johnette , john Mac Laughling et Keith Jarrett ( et qui plus et en imposant à ce dernier de jouer du Fender Rhodes , un instrument qu' il a toujours profondément détesté...
On a également fréquemment reproché à Miles de piller les idées des autres . Il y a probablement du vrai là dedans mais qui a connu les mêmes fulgurances dans d autres contexte ? Miles semble avoir le talent de stimuler ses partenaires de les amener là où ils n iraient ( iront ) jamais dans un autre contexte .
Il lui a été maintes fois reproché de ne pas créditer à leur juste valeur les contributions de ses partenaires en tant que compositeurs ( Bill Evans le pianiste cette fois ,pour les compositions " Nardis " "Solar "ou "Blue in Green ", john Scofield dont les improvisations , enregistrées lors de jam sessions réunissant Gil Evans et Miles , ont servi de trame thématique à la majorité de l album "Decoy" . Ces sujets , qui font encore débat aujourd'hui sont bien entendu délicats et seuls les musiciens concernés pourraient témoigner de leur participation effective au processus compositionnel ...
En ce qui concerne Tutu , il n y a cette fois aucune ambiguïté , Marcus Miller y est crédite à la hauteur du travail qu il a fourni en tant que compositeur , instrumentiste et arrangeur . Un titre seulement est cosigné avec Miles Le morceau " " est attribué au claviériste-producteur George Duke avec lequel Miles avait collaboré avant que Marcus Miller soit finalement choisi . A cet égard , on notera que Miller lui - même mentionne avoir écouté le travail de Duke et avoir subi une certaine influence dans le choix d instruments être textures électroniques .
De : Marcus Miller <marcusmiller1@gmail.com>
Do you think there was any other record before this (one that would belong to the jazz Dept) , that has been made , conveived this way ? There were a few jazz musicians who were also fluent in the techno aspects of pop music, like George Duke, who were starting to experiment with making music this way but it was all very new at the time.
Do you recall how much pressure you felt on your shoulder being the only ( almost ) man on board? Did this give you a better energy ? More freedom to create ? In other words how did this situation affect the creative process ? I didn't feel a lot of pressure because, initially, I was only brought on (by producer/A&R man) Tommy Lipuma to produce a couple of tunes. We recorded Tutu, Portia and Splatch first. A few weeks later, Miles and Tommy called me and told me they wanted me to work on the whole album.
There wasn't much pressure at that point either because Miles seemed to enjoy what was happening so much. He was very encouraging, very supportive and we were having a great time in the studio. I wasn't really thinking about anything besides the music. Because it was Miles, I had the freedom to look for something new. I knew that his 'history of innovation' demanded that this project be something different. I wanted to try to paint a landscape of Miles bringing his beautiful history into the techno age of the eighties. I wanted to show that you can use machines to create something soulful. That was my idea, my concept. If you have an overall concept, it serves as your guide and actually allows you to be more creative than if you were working completely freely.
Regarding me often being the only musician in the studio, I was surprised when Tommy told me he wanted the final recording to sound like my demo. He asked me, "How did you do the demo?". I told him that I played all the instruments. Tommy was familiar with my playing multiple instruments because I did that often on David Sanborn's Warner Bros. recordings of that period (Voyeur, Backstreet, A Change of Heart). So he said, "have all your instruments sent to the studio and simply recreate your demo".. I was surprised but I thought it could be something different for Miles.
When Miles signed with Warner brothers , they made it clear that they wanted to sell more records, that they wanted to get more airplay , how much of this did you know at the time ? I didn't know about any of the discussions about commercial aspirations for Miles. Tommy never mentioned that to me. It makes sense that they would call George Duke and myself because we both had produced music that had sold well. But they never conveyed that to me. I was just trying to make something cool that was deserving of having Miles' name on it.
It never occurred to me that Tutu would be a commercial success. I never imagined that they would play the song Tutu on the radio.
I've made a lot of music in my life using instruments that one would hear on a "commercial" recording: drums machines, synths, overdubs.. and to the ear of someone who doesn't really understand commercial music, and only hears it in passing, what I do may sound commercial to them - but to the people who actually understand and buy commercial music I lot of what I do is way too far out there for them. I've always gotten pleasure from taking commercial elements and twisting them around and creating something different and artistic.
I assumed Tutu would be the same situation where the people who are used to acoustic instruments would assume it's "pop music" and the pop fans would go, "what the hell is this?" So it was a big surprise when Tutu connected in the way that it did to both audiences Some people still reffer to "Tutu " as a controversial album , Do you recall getting this feedback ? do you understand that ? If so , what would the controversy be about ? Tutu is Miles Davis along with one guy (essentially) in the studio making music that has elements of jazz, funk, techno, pop... It was done using overdubs.. sounding very contemporary. It makes it very hard to categorize. That makes some people uncomfortable, especially people who write about music for a living. They feel like, "this doesn't match my expectations of what Miles should be doing so I have to write something negative." In the end, music reviews tell you more about the people writing them than they do about the music they review.
On the other hand, people who's expectations were more open were thrilled by Miles new sound.
I remember Miles' live sound engineer called me up at Miles' house to tell me he was very disappointed with Tutu, which we had just finished. I was laughing as I hung up the phone, thinking, "why would this cat feel the need to tell me his opinion?". When I hung up, Miles said, "get used to it, everybody got opinions", we just have to keep doing what we do".
On the other hand, Joe Zawinul stopped me in the street to tell me how much he loved the record and that, when he heard it on the radio, he said to himself, "now those are some young creative cats making that music with Miles!" He found out later it was me. He was truly excited about it and, if you knew Zawinul, he didn't give compliments so freely. I have to say that 99% of the reaction that I heard was of the Zawinul type.
But in my mind, the fact that there was some controversy really made it feel like a true Miles Davis record to me.
Do you recall Miles reactions and words along the process ? ( when he first heard the music ? during the trumpet sessions ? When the whole thing was completed ? Miles came in to hear what I was doing about three days into my first sessions. I played him my demo which included me playing a Miles trumpet sample on a keyboard to imitate what I hoped Miles would eventually play. I felt like I had really captured the essence of Miles in the way I was phrasing the melodies using this sample. Miles destroyed my illusion when he asked, "who's that on trumpet, Nat Adderley?!" Then he said, "sounds great, I'm going home, lemme know when you need trumpet".
A few days later, we did the session where Miles would lay down his parts for the first three tunes. We sat together at the mic and I put the music (les partitions) in front of him. I had the engineer play the track and Miles would play a little then stop, play a little then stop. Finally he said to me, "When are you
gonna tell me what to play?". He recognized that I was a little nervous to give "Miles Davis" instruction.
He said, "this is your music, I know YOU know how you want it to sound, tell me what you want". So I slowly began to give him instructions: "play here, lay out here..." "solo here"... all as the music was playing. I began to get comfortable as I saw how he responded. I wouldn't tell him what to do until just before he was supposed to do it. This was my way of creating some spontaneity since there were no musicians playing in the room for Miles to react to. Instead he would sit there, with the headphones on, laughing at all the crazy sounds, then I would point to him and say, "solo!" and he would play the first thing that came to his head.
Once Tutu came out, I think even Miles was surprised by all the attention it received. I remember visiting at his home at this time and the first thing he said to me when I sat down was, "Thanks man, you brought me back..." Nothing that anyone says could ever change the feeling of having Miles thank me like that.
I always thought the relationship between Miles and Gil Evans could have been some kind of "undercover "guide in your mind during the writing and recording process ...Did you ever think there was a connection of this nature ? Was it an inspiration to you and if so of which nature ? was this mentioned in any way later ? -I think I put my work with Miles in perspective by saying to myself that this was another collaboration between Miles and a composer/arranger - like the projects he did with Gil. I definitely felt like the Miles/Gil projects set a precedence for this kind of record. Gil would create scenes for Miles who was the main actor. I can imagine how Gil felt, imagining a melody, writing it down, then hearing Miles Davis interpret it. There are really no words to describe it.
Like Sketches and Miles Ahead, Tutu was very much a studio event, not something that Miles would go on the road with. Just a unique moment.
The next project after Tutu that I worked on with Miles was a movie score for a film that was filmed in Spain and had Sketches of Spain as the "temporary music". They asked Miles to provide new music and he gave them my number. For this project, Gil was at the forefront of my mind and I actually dedicated the album, Siesta, to him.
If you were in the same situation today , would you do anything a different way ? Did this experience made you a different person and how so? --I probably would do things differently today but that's really not the point. The whole aim of art, in my mind, is to react to your surroundings at that moment in time based on who you ARE at that moment in time. I feel like what I did for Miles on Tutu was a very honest offering based on my experiences at that point in my life.
MM