← Words about musicDaniel Yvinec
Listening · Jazz Magazine

Micah Thomas

Solo Piano

Original French text — Daniel Yvinec.

S’il est un événement majeur c’est bien ce premier album en piano solo de Micah Thomas, né en 1997 à Columbus, Ohio.

Fraîchement diplômé de la Juilliard School of Music, il est une figure incontournable du paysage New-Yorkais. Membre du quartet du saxophoniste Immanuel Wilkins, il a collaboré avec Ambrose Akinmusire, Joel Ross, Billy Drummond…

En 2020, il publie « Tide », une première échappée en trio, déjà prometteuse. Mais c’est en solo que se révèle ici une personnalité sidérante d’inventivité.

Le label LP45, dont on salue le remarquable travail, propose au jeune pianiste d’enregistrer cinq standards en solo. La séance aura lieu au studio Big Orange Sheep à Brooklyn le 31 Octobre 2020.

Au terme de la première heure d’enregistrement, Thomas a tissé sur une dizaine de chansons (uniquement des premières prises )des toiles si personnelles que le processus est lancé, on ne l’ arrêtera point… Conscients de vivre là un moment unique, Luigi Grasso, Laurent Courthaliac et Yaron Herman, directeurs artistiques du label changent leur fusil d’épaule; ils sortiront un double LP d’un total de douze titres.

A la fin de la journée, pas moins de trente deux standards sont dans la boîte et tout est sidérant, la sélection sera ardue…

L ‘impression qui émane de cet album est assez inédite. Se côtoient ici sophistication, spontanéité, une culture immense et des moyens techniques sans limite toujours au service d’un discours qui, parce qu’il n’est jamais prévisible, toujours nous fascine. Micah Thomas est un conteur, l ‘histoire du jazz il en connaît tous les recoins et la célèbre avec une pulsion de vie exceptionnelle. Il offre sa propre version de la tradition, empreinte d’une culture classique qui favorise largement le contrepoint, lui imprimant une vision si personnelle qu’on peine à en déceler les influences. On pense à l’immense Art Tatum pour cette faculté à « composer» en direct et à ignorer avec superbe les limites ergonomiques de l’instrument.

Cet album constitue incontestablement une nouvelle étape dans l ‘histoire du piano solo. Thomas compte parmi ses fervents admirateurs rien moins que Fred Hersh, Sullivan Fortner, Aaron Parks…Ce n’ est que le début.