Cannonball Adderley
Love For Sale
Cannonball Adderley (as ) / Love For Sale 26 mai 1958 Miles Davis “1958 Miles” (Sony, origine Columbia) Dès l’entame – le claquement des doigts de Miles qui indique le tempo, magnifié par la réverbération du studio Columbia –, on a la promesse d’un moment d’exception. De l’introduction de Bill Evans à ce do tenu par Miles dans un souffle qui peu à peu s’éteint et conclut ce morceau de bravoure onze minutes plus tard, les quatre solistes rivalisent d’inspiration, de rigueur harmonique et de swing. Arrêtons-nous cependant sur le solo de Cannonball Adderley qui suit celui de Miles et précède celui de John Coltrane. Le naturel l’altiste qui s’imposa comme l’héritier providentiel de Charlie Parker à la mort de ce dernier, et le fait qu’il ait peut-être moins que ses collègues “inventé un langage”, en fait l’homme du sextette que l’on se prend parfois à négliger. Le break par lequel il prend la parole (2’42 ), d’un parfait dessin harmonique et au “bounce” irrésistible, contraste d’emblée avec le solo de Miles Davis, plus sombre, plus énigmatique. C’est incontestablement une toute autre lumière qui brille ici poussant tout naturellement la rythmique à quitter l’expression du tempo en “half time” pour énoncer chaque noire, les balais se muant en baguettes. Désormais la cymbale Jimmy Cobb flamboie et le walking impérial de Paul Chambers nous emporte sur de nouveaux chemins. Là où John Coltrane, qui lui succède ( 5’13), explore déjà un futur qui le conduira à l’abandon progressif du sytème tonal, Adderley tisse des arabesques d’une extrême sophistication qui jamais pourtant ne semblent complexes. Son expression est lumineuse, limpide et solaire. Le lien indéfectible qui le connecte au blues (il a débuté au côté de Ray Charles en compagnie de son frère Nat), sa nature débonnaire et généreuse le placent dans la catégorie de ceux dont on saisit d’emblée le discours. Ceux qui, presque malgré eux, parlent au plus grand nombre, la suite de sa trop brève carrière le confirmera. DY * Également sur “Circle In the Round” (Columbia)