04
L’ amour de la musique est contagieux
Je réalise au fil du temps à quel point l’amour de la musique est
une chose contagieuse. Cette transmission beaucoup ont eu la
chance de l’expérimenter durant leurs années de formation , c’est
comme une flamme qui passe de main en main, et à laquelle
beaucoup d’artistes feront référence jusqu’à leur dernier souffle.
Finalement les professeurs que l’on retient sont ceux qui font
éclore un sentiment qui déjà sommeille en nous. Cette idée
abstraite que la musique, cette chose impalpable, incertaine et
mystérieuse vaut la peine qu’on lui dédie notre existence. Dans le
cadre du travail, plus tard on remarque aussi comment se
connectent les amoureux , comment se reconnaissent ceux pour
qui la musique est tout. Lorsque l’on est au travail, dans l’action ,
toute le monde n’ a pas forcément ce même amour, cette même
dévotion, il faut alors transmettre ce désir comme on inocule un
virus, pour que tout le monde s’accorde au même diapason. Nous
n’ avons pas tous la même vision ,la même histoire, les mêmes
désirs, mais au moment où s’allume le bouton rouge de
l’enregistrement, ces différences doivent être gommées par une
énergie qui les balaie sur son passage, et cette énergie doit être
insufflée par le directeur artistique, elle doit être saisie au vo et
transformée en une matière palpable.
Il est intéressant d’observer un type comme Rick Rubin .Sa plus
grande force, il en convient lui-même, c’est son
enthousiasme ,c’est d’être "fan" des artistes avec lesquels il
travaille, de là débute la recherche d’une forme de
transcendance. Ces seuls arguments lui ont donné la force de
convaincre aussi bien des groupes de métal( Slayer) , de rap
( Beastie Boys , Public Enemy ) mais aussi Tom Petty, Johnny
Cash ou Paul Mc Cartney….Si l’on observe ce qui se joue dans
le documentaire McCartney 321( Disney + ) , on décèle
instantanément la capacité de Rubin à faire voyager dans le temps
le Beatle, qui lui-même en devient sidéré devant la grandeur ce
groupe d’exception qu’il a formé plusieurs décennies plus tôt. Si
l’enthousiasme et la pulsion de vie de Sir Paul sont légendaires,
c’est bel et bien Rubin qui la transcende ,qui le conduit sur ce
et qui "produit" cet instant.138
Dès que j’en ai l’occasion , j’écoute ou j’ échange avec les chefs
d’orchestre, et c’est peut-être finalement le fonction qui se
rapproche le plus de la façon dont je conçois la direction
artistique. Louis Langrée, qui fut à la tête du Cininatti Orchestra
durant des années et dirige maintenant l’Opéra Comique me
confiait il y a peu, n’ avoir" pas grand chose à faire" lorsque le
soliste est doté d’ une réelle vision de l’ oeuvre et lorsqu’il a le
charisme pour la porter . En tant que chef, Il a maintes fois assisté
la transfiguration de l’orchestre, dont le son prenait toute son
ampleur et sa cohésion par la seule présence d’un soliste
d’exception. Preuve supplémentaire que la grandeur de la
musique, son amour immodéré sont transmissibles et contagieux.